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Le 30 mars 2025, à Ivry, Claude Mangin-Asfari au démarrage de la Marche pour la liberté des prisonniers politiques sahraouis. © Mairie d’Ivry-sur-Seine - Marie-Pierre Dieterlé

« Je vais donner la parole à Nâama, en vous rapportant ce qu’il m’a dit au téléphone cette semaine depuis la prison de Kénitra au Maroc. Quand je lui disais ma hâte de le voir libre. Il m’a répondu : "Prends patience". Notre patience, celle des Sahraouis, un peuple de nomades, est infinie. » Ce 30 mars à 11h, l’ivryenne Claude Mangin-Asfari partageait les réflexions de son mari Nâama Asfari, avec l’assemblée présente sur l’esplanade Georges Marrane, devant la mairie. C’est d’Ivry en effet qu’a commencé la marche de 3000 km de cette infatigable défenseure des droits humains afin qu’elle obtienne du gouvernement marocain le droit de visiter son époux. Un droit qui lui est refusé depuis près de dix ans.

Par cette marche à travers la France et l’Espagne, la libération des 53 prisonniers politiques sahraouis, détenus de façon arbitraire en raison de leurs opinions politiques, est aussi exigée. Le plus connu d’entre eux est Nâama Asfari. Tous militent pour l’indépendance du Sahara occidental annexé illégalement par le Maroc en 1975.

Palestine et Sahara occidental

Ce 30 mars, près de 200 personnes ont participé à l’événement dont plusieurs membres de l’association des amis de la République arabe sahraouie démocratique (AARSAD) et des élus. Le maire Philippe Bouyssou s’est dit fier que cette courageuse initiative parte d’Ivry : « Le Maroc emploie tous les moyens diplomatiques et militaires pour garder la main sur les ressources du Sahara occidental. L’ONU qualifie ce territoire de "non autonome" et demande la tenue d’un référendum d’autodétermination depuis 1991 ! À l’heure des injonctions au réarmement, nous continuerons à lutter contre le colonialisme partout dans le monde, en Palestine comme au Sahara occidental ! »

Disparition complète

Député de Seine-Maritime, Jean-Paul Lecoq a rappelé que le président Emmanuel Macron avait bafoué le droit international en reconnaissant de façon unilatérale la « marocanité » du Sahara occidental : « Il aurait pu négocier la libération des prisonniers sahraouis mais il a juste préféré faciliter le travail des entreprises qui cherchent à s’implanter au Sahara occidental. »
Vers midi, les participants sont partis en cortège en direction de Vitry, autre commune solidaire des Sahraouis. Dans la manifestation, Aziza, 25 ans, sahraouie de Laäyoune, est étudiante à Paris.

« Mes parents sont des survivants des disparitions forcés qu’il y a eu au Sahara occidental depuis l’occupation marocaine. Du jour au lendemain, des personnes disparaissaient complètement. Les familles ne savaient pas se elles avaient été tuées ou si elles étaient emprisonnées. C’était terrible. Puis, au bout de quatre ans, mon père et ma mère ont été libérés. »
Dans la foule qui défile, il y a aussi l’Ivryenne Raymonde Motte, 88 ans. En 2009 et 2010, elle s’est rendue dans les territoires occupés : « La répression était féroce, se rappelle-t-elle. Dans les manifestations pacifiques, les policiers marocains attrapaient des jeunes femmes et leur piétinaient littéralement le visage pour les défigurer. »

Tenace, Claude Mangin-Asfari veut croire au respect du droit international et à l’indépendance du Sahara occidental suite à la tenue d’un référendum. « C’est aussi le but de ma marche, faire connaître cette question complexe. Aujourd’hui, pour la première fois, nous pouvons manifester sur la voie publique. Habituellement, nous ne pouvions faire que des rassemblements statiques. C’est une avancée ! Mais nous espérons surtout être nombreux à Algéziras en Espagne pour prendre le bateau en direction du Maroc et retrouver Nâama ! »

Catherine Mercadier

Suivez la marche pour la liberté à travers la France et l’Espagne sur les réseaux sociaux dédiés ici.

Découvrez la bande-annonce du documentaire de l’ivryen John Paul Lepers sur l’histoire de Claude Mangin-Asfari et de Nâama Asfari ici. On y voit notamment Nâama Asfari en 2010 lors de la protestation pacifique de Gdeim Izik. Ce film est actuellement en recherche de financements.

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